Jean Lauzon, directeur du Musée de la Photographie, à Drummondville, et son ami Claude Gagnon, spécialiste du Moyen-Âge, ont combiné leur imagination pour écrire un roman sur le célèbre linceul de Jésus de Nazareth conservé aujourd’hui à Turin.
L’aventure a commencé il y a quelques années lorsque Jean Lauzon, sémioticien spécialisé en photographie, sollicita Claude Gagnon, spécialisé en alchimie médiévale, pour étudier le cas de la célèbre relique. Les résultats de cette enquête furent communiqués dans un colloque que Jean Lauzon, directeur du Musée de la photographie de Drummondville, organisa à l’été 2007 en même temps qu’une exposition consacrée à l’aspect photographique de la relique.
Parallèlement à ce travail de recherche, les échanges d’informations sur les différentes argumentations pour ou contre l’authenticité de la relique donnèrent aux deux chercheurs l’idée d’écrire une fable illustrant le paradoxe entourant l’existence de cette image mystérieusement imprimée sur un tissu qui date de deux mille ans.
Au XIVe siècle, l’Occident est frappé par la guerre, la maladie, la Mort Noire qui ravagent le continent. La chrétienté est divisée : deux papes, autant de capitales religieuses, l’une romaine, l’autre française. Abraham, aidé de son ami alchimiste Nicolas Flamel, prévoit recoudre la chrétienté avec le linceul qui a recouvert le Christ après la crucifixion, travaillant ainsi ardemment à pacifier l'Empire.
De Paris à Florence, en passant par Bologne, Cîteaux, Lirey et Jérusalem en arrière-plan, cette vaste alliance de la réunification entre un juif et un catholique met aussi en scène l’empereur germanique Sigismond, son tuteur Canches, les physiciens du Vatican, ainsi que l’idée d’une nouvelle croisade en terre sainte...
Flamel réussit l’impossible, et en 1417 la chrétienté se voit de nouveau réunie sous la sainte bannière du Christ ressuscité. Intrigue fascinante, L’image de Dieu lève le voile sur ce qui a pu se passer alors, à une époque où les saintes reliques pullulaient sur le territoire occidental et nous suggère que le saint Suaire conservé autrefois à Lirey était peut-être un faux, mais que l’authentique existe sans l’ombre d’un doute, bien dissimulé, toutefois, dans un lieu à la fois secret et sacré quelque part au Moyen-Orient.
Ce roman que les Éditions Fides publient aujourd’hui inclue en appendice une chronologie historique des faits connus entourant le linceul depuis son apparition dans les années trente de notre ère jusqu’aux plus récentes recherches scientifiques en cours.
Le Centricois a posé les questions suivantes aux deux auteurs, d’abord à Jean Lauzon :
- Pourquoi avoir écrit ce livre ? Eessentiellement, en ce qui me concerne, pour le plaisir, le plaisir de la recherche et du mystère; et il y a un intérêt "photographique" à cette image (ma spécialité); après avoir lu que le suaire datait peut-être du 14e siècle et, connaissant de réputation l'alchimiste présumé Nicolas Flamel (qui a vécu à Paris au même moment), je me suis dit que cela pourrait faire une belle histoire, intriguante, qui raconterait que le suaire (celui de Lirey, en France, apparu en 1357) aurait été fabriqué par un alchimiste, Flamel lui-même. Cette idée m'est venue en 2005; et voici le résultat. J'ai contacté mon ami Claude Gagnon, spécialiste de Flamel et du Moyen Âge pour lui soumettre l'idée, et ensemble on a fabriqué cette histoire.
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- Qu'y trouve-t-on ? Il faut le lire, mais on y retrouve une histoire plausible sur le suaire, sur le 14e siècle, sur les pouvoirs temporels qui se chicanent les pouvoirs spirituels, très d'actualité en fait; beaucoup d'informations historiques sur le Moyen Âge. Une histoire impossible, sur un objet impossible... donc très cohérente!
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- Que pensez du suaire ? C'est un objet qui existe réellement (il est à Turin, en Italie), et on ne peux pas ne pas y croire; et toutes les probabilités scientifiques sérieuses à son sujet nous mènent au 1er siècle de notre ère, soit le siècle de Jésus. Cette pièce de lin demeure toutefois un grand mystère, une grande énigme, car on ne sait toujours pas comment il a pu apparaître tel qu'il se présente aujourd'hui. On peut donc en fabriquer des histoires, sur des bases historiques soit dit en passant. Il faut lire ici notre épilogue à l'ouvrage qui se situe, du point de vue "littéraire", à mon avis, entre Dan Brown et Umberto Eco pour le genre de livre.
Et à Claude Gagnon :
1. Pourquoi avoir écrit ce livre ?
J'ai écrit ce roman dans le sillage d'une collaboration avec Jean Lauzon qui a débuté il y a quelques années lorsque celui-ci a sollicité ma curiosité scientifique en me parlant du suaire de Turin. J'ai toujours travaillé en histoire des sciences et cette relique était un objet absolument étrange du point de vue de cette histoire et de celle des techniques. J'ai d'abord travaillé avec Jean dans le cadre d'un colloque consacré au caractère photographique du Linceul de Turin. Ce colloque eut lieu à l'été 2007 et j'ai alors proposé un modèle du genre de raisonnement logique que l'on pourrait tenir face à l'énigme de la relique.
Parallèlement à cette étude logique de la relique, Jean et moi avons commencé à écrire un roman sur ce qui aurait pu se passer pour fabriquer une telle image encore inexplicable de nos jours.
2. Qu'y trouve-t-on à l'intérieur ?
On y trouve non pas l'histoire du véritable linceul qui est actuellement conservé à Turin mais plutôt une fable qui aurait pu s'incarner dans le contexte du XIVè siècle si notre science et nos techniques avaient été légèrement différentes.
On y trouve donc le récit d'une alliance entre un juif, un chrétien et un homme politique. Cette alliance est décrite dans le détail afin de dégager les finalités qui auraient pu être celles des véritables personnages historiques si, eux aussi, avaient été légèrement différents.
3- Est-ce vrai ou pas ?
Lorsqu'on compile systématiquement les multiples recherches passées et récentes sur l'image et sur son tissu de lin, il est impossible de formuler une règle ou des théorèmes sur lesquels on pourrait fonder la preuve d'une falsification. Il est impossible d'imaginer comment une telle falsification aurait pu se faire... et c'est pourtant ce que nous avons essayé de faire dans notre roman.
Claude Gagnon est docteur en philosophie de l'Institut d'études médiévales de Montréal et diplômé de l'École pratique des Hautes Études de Paris. Il a publié deux ouvrages (1977, 1994) sur Le livre des Figures Hiéroglyphiques faussement attribué au présumé alchimiste Nicolas Flamel.
Jean Lauzon est docteur en sémiologie de l'Université du Québec à Montréal. Il s'intéresse vivement aux processus d'interprétation des signes. Son principal ouvrage, La photographie malgré l'image, a été publié en 2002 par Les Presses de l'Université d'Ottawa. À titre de photographe, il a publié plusieurs monographies ainsi qu'un ouvrage d'introduction à la pratique photographique.
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Source: Jean-Pierre Boisvert
Date: 18-02-2009